Le cadre financier du PQ, que j'ai comparé avec ceux de la CAQ et du PLQ ici et ici, n'incluait pas sa promesse de geler les tarifs d'électricité. Les deux billets ci-dessus ont maintenant été mis à jour avec les effets de cette promesse.
On constate que les plateformes du PQ et de la CAQ deviennent alors très similaires aux niveaux du coût total des engagements (environ 3,6 milliards par année à terme) ainsi que d'une grande partie des mesures de financement prévues (dans les deux cas, coupures de 2 milliards, hausse de l'impôt sur les dividendes et des gains en capital). Le PLQ se distingue par le faible coût de ses engagements (1,1 milliards), la modestie des coupes prévues (0,6 milliards) et l'absence de hausses d'impôts.
Les trois partis tentent de paraître plus responsables qu'ils ne le sont:
PQ: non-inclusion du coût du gel des tarifs d'électricité (1,6 milliards par année à terme);
CAQ: lunettes roses quant à la croissance des recettes du gouvernement (1,5 milliards par année à terme);
PLQ: prétendre que les réserves pour éventualités s'accumulent en confondant le montant par année et le montant cumulatif, surtout que ces réserves n'existent pas à partir de 2014-2015.
Il est donc presque certain que les Québécois auront de mauvaises surprises (comme la hausse de la TVQ et la taxe santé), mais cette fois, même sans une récession mondiale...
Seat projections by a British Columbian and former Quebecer. Occasional random observations and opinions.
Latest national poll median date: October 20
Projections reflect recent polling graciously made publicly available by pollsters and media organizations. I am not a pollster, and derive no income from this blog.
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If you are new to this blog, please read this post containing important information for interpreting the projections.
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Tuesday, August 28, 2012
Sunday, August 26, 2012
Crédibilité des cadres financiers
Mise-à-jour: J'ajoute le coût du gel des tarifs d'électricité, proposé par le PQ, mais ne figurant pas dans son cadre financier.
Dans un billet précédent, j'ai comparé les cadres financiers des trois principaux partis en acceptant leurs chiffres. Mais ces chiffres sont-ils crédibles?
En général, les partis politiques chiffrent bien le coût de leurs engagements spécifiques: il n'y a pas vraiment possibilité de jouer avec le coût d'une place en garderie ou d'un crédit d'impôt, par exemples. On peut donc être assez confiant qu'effectivement, le PLQ a fait environ 1 milliards de promesses, le PQ 2 millards (mais 3-4 milliards avec le gel des tarifs d'Hydro), et la CAQ 3-4 milliards.
Ça se gâte un peu lorsqu'on examine les revenus générés par les augmentations d'impôts. En général, on assume que bien qu'un taux d'imposition augmente, la base taxable ne change pas. Cela peut être problématique: par exemple, si on taxe trop une minière, elle peut décider de cesser ses opérations; les gens et les entreprises peuvent déménager ou décider de travailler ou d'investir moins. Les 194 millions nets que le PQ veut percevoir des minières sont donc douteux. Il en va de même pour les 416 millions que la CAQ compte récupérer par la réduction de moitié de l'inclusion partielles des gains en capital puisque le PQ, qui propose la même mesure, ne compte récupérer que 255 millions. Match nul, donc, entre la CAQ et le PQ. Le PLQ n'est pas sujet à ce problème, puisqu'il ne propose pas d'augmentation d'impôt.
Mais la portion des cadres financiers qui suscite le plus de doutes, c'est la réduction de la croissance des dépenses sur les programmes existants. En effet, le dernier budget ne prévoit qu'une augmentation moyenne de 3% au cours des cinq prochines années, ce qui est à peu près égal à la somme de l'inflation et de la croissance de la population. Cela est déjà très optimiste, puisque le vieillissement de la population entraînera une croissance encore plus rapide des dépenses en santé.
De ce côté, la CAQ prévoit des économies de 2,1 milliards de dollars. De la pensée magique, dit le PQ, qui propose pourtant, à terme (en 2017-18), de couper 2 milliards lui-même en limitant le taux de croissance à 2,4%! On peut voir que la CAQ et le PQ prévoient des coupes similaires, mais la CAQ a au moins un plan, aussi imparfait soit-il. Cependant, la CAQ propose additionnellement de couper 0,6 milliards dans les dépenses des organismes non-budgétaires. Encore une fois, je dirais match nul entre la CAQ et le PQ. Le PLQ est plus réaliste, ne proposant de couper que 0,7 milliards.
Finalement, la CAQ a fait une chose que les autres partis n'ont pas fait: déclarer que les prévisions du budget en matière de revenus sont trop pessimistes. (En fait, il semblerait que la croissance économique cette année soit moins forte que prévue dans le budget.) En 2017-18, cela donne 1,5 milliards de plus à la CAQ, sans aucun effort! Soit la CAQ a tort, dans lequel cas il y a un manque à gagner, soit elle a raison, dans lequel cas le PQ et le PLQ ferait un beau surplus!
Au final, on constate que le PLQ a les chiffres les plus crédibles et prudents, suivis du PQ, et finalement de la CAQ. Cependant, si Pauline Marois a raison que les coupes de 2,1 milliards de la CAQ sont de la "pensée magique", ses propres coupes de 2 milliards le seraient aussi. Est-ce pour cela que le PQ n'a pas dévoilé son cadre financier avant les débats?
En enlevant tous les chiffres douteux que j'ai répertoriés ci-dessus, les coûts nets réels des engagements sont les suivants:
PQ: 1,0 milliard (mais 2,6 milliards avec le gel des tarifs d'Hydro)
CAQ: 3,1 milliards
PLQ: 1,1 milliards
On peut cependant croire que la CAQ va probablement réussir à couper plus que le PQ ou le PLQ, même s'il n'atteint pas son objectif de 2,1 milliards. L'écart entre la CAQ et les deux autres partis devrait donc être moins élevé qui ces chiffres n'indiquent, et la CAQ pourrait même faire mieux que le PQ.
À noter que pour faire les contributions prévues au Fonds des générations, il fallait plutôt créer un excédent de 0,9 milliard...
Il faut préciser que malgré des chiffres relativement crédibles, le cadre financier du PLQ n'est pas pour autant fiable. Comme je l'ai mentionné précédemment, même si toutes les projections des libéraux se réalisent, le PLQ ne parviendra pas à contribuer les montants prévus au Fonds des générations sans faire de déficit, comme il le prétend. La CAQ, qui a le même objectif, n'y parviendra que si ses coupes se matérialisent ET si les revenus du gouvernement croissent plus rapidement que dans le budget. Le PQ a tout simplement abandonné le Fonds des générations, anticipant qu'il n'y aura pas assez d'argent pour faire les contributions prévues à ce Fonds; avec le gel des tarifs d'Hydro, c'est le cas même s'il implémente les coupes promises.
Dans un billet précédent, j'ai comparé les cadres financiers des trois principaux partis en acceptant leurs chiffres. Mais ces chiffres sont-ils crédibles?
En général, les partis politiques chiffrent bien le coût de leurs engagements spécifiques: il n'y a pas vraiment possibilité de jouer avec le coût d'une place en garderie ou d'un crédit d'impôt, par exemples. On peut donc être assez confiant qu'effectivement, le PLQ a fait environ 1 milliards de promesses, le PQ 2 millards (mais 3-4 milliards avec le gel des tarifs d'Hydro), et la CAQ 3-4 milliards.
Ça se gâte un peu lorsqu'on examine les revenus générés par les augmentations d'impôts. En général, on assume que bien qu'un taux d'imposition augmente, la base taxable ne change pas. Cela peut être problématique: par exemple, si on taxe trop une minière, elle peut décider de cesser ses opérations; les gens et les entreprises peuvent déménager ou décider de travailler ou d'investir moins. Les 194 millions nets que le PQ veut percevoir des minières sont donc douteux. Il en va de même pour les 416 millions que la CAQ compte récupérer par la réduction de moitié de l'inclusion partielles des gains en capital puisque le PQ, qui propose la même mesure, ne compte récupérer que 255 millions. Match nul, donc, entre la CAQ et le PQ. Le PLQ n'est pas sujet à ce problème, puisqu'il ne propose pas d'augmentation d'impôt.
Mais la portion des cadres financiers qui suscite le plus de doutes, c'est la réduction de la croissance des dépenses sur les programmes existants. En effet, le dernier budget ne prévoit qu'une augmentation moyenne de 3% au cours des cinq prochines années, ce qui est à peu près égal à la somme de l'inflation et de la croissance de la population. Cela est déjà très optimiste, puisque le vieillissement de la population entraînera une croissance encore plus rapide des dépenses en santé.
De ce côté, la CAQ prévoit des économies de 2,1 milliards de dollars. De la pensée magique, dit le PQ, qui propose pourtant, à terme (en 2017-18), de couper 2 milliards lui-même en limitant le taux de croissance à 2,4%! On peut voir que la CAQ et le PQ prévoient des coupes similaires, mais la CAQ a au moins un plan, aussi imparfait soit-il. Cependant, la CAQ propose additionnellement de couper 0,6 milliards dans les dépenses des organismes non-budgétaires. Encore une fois, je dirais match nul entre la CAQ et le PQ. Le PLQ est plus réaliste, ne proposant de couper que 0,7 milliards.
Finalement, la CAQ a fait une chose que les autres partis n'ont pas fait: déclarer que les prévisions du budget en matière de revenus sont trop pessimistes. (En fait, il semblerait que la croissance économique cette année soit moins forte que prévue dans le budget.) En 2017-18, cela donne 1,5 milliards de plus à la CAQ, sans aucun effort! Soit la CAQ a tort, dans lequel cas il y a un manque à gagner, soit elle a raison, dans lequel cas le PQ et le PLQ ferait un beau surplus!
Au final, on constate que le PLQ a les chiffres les plus crédibles et prudents, suivis du PQ, et finalement de la CAQ. Cependant, si Pauline Marois a raison que les coupes de 2,1 milliards de la CAQ sont de la "pensée magique", ses propres coupes de 2 milliards le seraient aussi. Est-ce pour cela que le PQ n'a pas dévoilé son cadre financier avant les débats?
En enlevant tous les chiffres douteux que j'ai répertoriés ci-dessus, les coûts nets réels des engagements sont les suivants:
PQ: 1,0 milliard (mais 2,6 milliards avec le gel des tarifs d'Hydro)
CAQ: 3,1 milliards
PLQ: 1,1 milliards
On peut cependant croire que la CAQ va probablement réussir à couper plus que le PQ ou le PLQ, même s'il n'atteint pas son objectif de 2,1 milliards. L'écart entre la CAQ et les deux autres partis devrait donc être moins élevé qui ces chiffres n'indiquent, et la CAQ pourrait même faire mieux que le PQ.
À noter que pour faire les contributions prévues au Fonds des générations, il fallait plutôt créer un excédent de 0,9 milliard...
Il faut préciser que malgré des chiffres relativement crédibles, le cadre financier du PLQ n'est pas pour autant fiable. Comme je l'ai mentionné précédemment, même si toutes les projections des libéraux se réalisent, le PLQ ne parviendra pas à contribuer les montants prévus au Fonds des générations sans faire de déficit, comme il le prétend. La CAQ, qui a le même objectif, n'y parviendra que si ses coupes se matérialisent ET si les revenus du gouvernement croissent plus rapidement que dans le budget. Le PQ a tout simplement abandonné le Fonds des générations, anticipant qu'il n'y aura pas assez d'argent pour faire les contributions prévues à ce Fonds; avec le gel des tarifs d'Hydro, c'est le cas même s'il implémente les coupes promises.
Friday, August 24, 2012
Comparaison des cadres financiers
Le PQ a dévoilé son cadre financier aujourd'hui. Pour se faire une idée globale des plateformes des partis en matière fiscale, il faut les comparer. Or, les cadres financiers sont présentés de différentes manières; on a donc besoin de les mettre dans un format commun. C'est un travail important qui, malheureusement, est difficile à trouver dans les médias. Je me suis donc penché sur la question.
Le point de départ de tous les cadres, ce sont les prévisions du budget 2012-2013 du gouvernement du Québec. En voici les grandes lignes (en millions de dollars):
Surplus réels (avant contribution au Fonds des générations et réserves pour éventualités)
2012-13: -289
2013-14: 1 241
2014-15: 700
2015-16: 1 155
2016-17: 1 629
Contributions prévues au Fonds des générations:
2012-13: 911
2013-14: 1 041
2014-15: 1 575
2015-16: 2 030
2016-17: 2 504
Marge de manoeuvre (si positif) ou manque à gagner (si négatif)
2012-13: -1 200*
2013-14: 200**
2014-15: -875
2015-16: -875
2016-17: -875
*Solde budgétaire de -1 500 en raison d'une réserve de 300.
**Solde budgétaire de 0 en raison d'une réserve de 200.
Et voici les cadres financiers des trois grands partis, présentés selon un format commun. Tous les chiffres représentent l'impact financier, à terme, sur un an, en millions de dollars
Mise-à-jour: J'ai ajouté une estimation des réductions de dépenses non-spécifiées pour le PQ et le PLQ, donc l'impact n'est pas chiffré dans les tableaux de leur cadre financier.
Mise-à-jour #2: La promesse du PQ d'annuler la hausse des tarifs d'électricité n'est pas incluse dans son cadre fiscal. Cette promesse coûterait 1,6 milliards par an. Je donne maintenant l'analyse avec ce coût.
PQ
Nouvelles dépenses: 748
Annulations d'augmentations de tarifs: 197 (environ 1 797 avec le gel des tarifs d'électricité)
Réductions d'impôt: 1 005
Crédits d'impôt: 47
COÛT DES ENGAGEMENTS: 1 997 (environ 3 597 avec le gel des tarifs d'électricité)
Augmentations d'impôt (riches, gains en capital, dividendes): 1 005
Augmentations des redevances minières: 388
Perte en péréquation: -194
COÛT NET DES ENGAGEMENTS: 798 (environ 2 397 avec le gel des tarifs d'électricité)
Réductions de dépenses non-spécifiées*: 1 240 (en 2016-2017)
COÛT NET DE LA PLATEFORME: -442 (environ 1 158 avec le gel des tarifs d'électricité)
*Limitation de l'augmentation des dépenses des programmes existants à 2,4% par année, au lieu de 1,8% pour 2013-14, 3,0% pour 2014-15 et 3,4% par la suite
CAQ
Nouvelles dépenses: 1 836
Réductions d'impôt: 1 804
Crédits d'impôt: 23
COÛT DES ENGAGEMENTS: 3 663
Augmentations d'impôt (gains en capital, dividendes): 543
Réductions des crédits d'impôt des entreprises: 200
Réductions de dépenses spécifiées: 2 100
COÛT NET DES ENGAGEMENTS: 820
Réductions de dépenses non-spécifiées*: 551 (en 2016-2017)
COÛT NET DE LA PLATEFORME: 269
*Limitation de l'augmentation des dépenses des organismes autres que budgétaires à la croissance du PIB nominal
PLQ
Nouvelles dépenses: 713
Réductions d'impôt: 60
Crédits d'impôt: 301
COÛT DES ENGAGEMENTS: 1 074
COÛT NET DES ENGAGEMENTS: 1 074
Réductions de dépenses non-spécifiées*: 654 (en 2016-2017)
COÛT NET DE LA PLATEFORME: 420
*Limitation de l'augmentation des dépenses des programmes existants à 2% en 2014-15, au lieu de 3%
On peut tirer plusieurs enseignements de cet exercice:
1. La CAQ est la championne des nouvelles dépenses. Cependant, elle propose des réductions de dépenses encore plus élevées, contrairement au PQ et au PLQ, qui n'ont spécifié aucune économie. Donc, au total, les dépenses seraient les plus basses sous la CAQ.
2. La CAQ est le seul parti qui propose des réductions nettes significatives d'impôt: 1,26 milliards de dollars par année à terme. Le PQ finance entièrement l'abolition de la taxe santé avec l'augmentation de l'impôt sur les revenus élevés, les dividendes et les gains en capital. Le PLQ ne donne qu'une baisse d'impôt sur les ventes d'entreprises familiales. À noter que toutes les réductions proposées portent sur l'impôt des particuliers plutôt que sur l'impôt des sociétés.
3. Le PLQ propose, de loin, le plus de nouveaux crédits d'impôt et transferts aux particuliers (prime au travail, aide à la rentrée, travailleurs expérimentés, rénovation verte, etc.). Le PQ propose plutôt de geler les frais de scolarité et de garde.
4. Le coût total des engagements est le plus élevé chez la CAQ, suivie par le PQ et le PLQ. (Mais le PQ s'approche de la CAQ si on inclut le gel des tarifs d'Hydro.) Pour ce qui est du coût net, il est d'entre 0,8 et 1,1 milliards par année pour les trois partis - c'est donc très semblable SI on exclut le gel péquiste des tarifs d'Hydro. Si ce gel est inclus, cependant, le PQ a des engagements qui vont coûter beaucoup plus cher.
5. Tous les partis sont en voie d'atteindre l'équilibre budgétaire global (avant de contribuer au Fonds des générations) malgré leurs promesses. Le PLQ et la CAQ le feraient même sans les coupes cachées. Cependant, aucun des partis ne sera en mesure de réduire la dette autant que les contributions prévues au Fonds des générations, même avec les coupes cachées.
Le PQ promet d'abolir le Fonds des générations, qui force le gouvernement à rembourser la dette (si le budget est équilibré après avoir contribué au Fonds, c'est qu'il est en fait en surplus). Son cadre financier promet de continuer à rembourser la dette, mais cela se fait en grande partie avec les coupes non-spécifiées, qui sont le double de ce que proposent le PLQ et la CAQ. Sans le Fonds des générations, il serait facile politiquement pour le PQ de ralentir ou d'arrêter le remboursement de la dette, puisqu'il aurait quand même des budgets dits équilibrés. La tentation sera très grande, parce que, si on inclut le gel des tarifs d'électricité, le PQ a promis plus que les surplus prévus avant les contributions au Fonds. Pourtant, si on veut pouvoir faire des déficits dans 10-20 ans (et on en aura besoin si on veut préserver le système de santé), il faut réduire la dette maintenant parce que le Québec a peu de marge de manoeuvre!
Par contre, le PLQ et la CAQ promettent de contribuer plus que prévu au Fonds des générations. Comment est-ce possible, considérant que seulement pour atteindre les contributions prévues, il faut un resserrement budgétaire annuel de 875 millions à partir de 2014-2015, alors que leurs cadres financiers proposent l'inverse? Le PLQ prétend pouvoir le faire en confondant l'augmentation annuelle de ses dépenses avec l'augmentation de ses dépenses annuelles - c'est soit de l'incompétence, soit de la malhonnêteté. La CAQ, pour sa part, estime que les prévisions du budget 2012-2013 sont trop pessimistes, et qu'il y aura donc plus d'argent que prévu - autrement dit, de la "pensée magique".
Alors voilà. J'espère que cette analyse vous aidera à faire un choix éclairé. À noter que j'ai accepté tels quels les chiffres des partis politiques. Si j'ai le temps, j'écrirai un autre billet (plus subjectif) sur la crédibilité de ces chiffres.
Le point de départ de tous les cadres, ce sont les prévisions du budget 2012-2013 du gouvernement du Québec. En voici les grandes lignes (en millions de dollars):
Surplus réels (avant contribution au Fonds des générations et réserves pour éventualités)
2012-13: -289
2013-14: 1 241
2014-15: 700
2015-16: 1 155
2016-17: 1 629
Contributions prévues au Fonds des générations:
2012-13: 911
2013-14: 1 041
2014-15: 1 575
2015-16: 2 030
2016-17: 2 504
Marge de manoeuvre (si positif) ou manque à gagner (si négatif)
2012-13: -1 200*
2013-14: 200**
2014-15: -875
2015-16: -875
2016-17: -875
*Solde budgétaire de -1 500 en raison d'une réserve de 300.
**Solde budgétaire de 0 en raison d'une réserve de 200.
Et voici les cadres financiers des trois grands partis, présentés selon un format commun. Tous les chiffres représentent l'impact financier, à terme, sur un an, en millions de dollars
Mise-à-jour: J'ai ajouté une estimation des réductions de dépenses non-spécifiées pour le PQ et le PLQ, donc l'impact n'est pas chiffré dans les tableaux de leur cadre financier.
Mise-à-jour #2: La promesse du PQ d'annuler la hausse des tarifs d'électricité n'est pas incluse dans son cadre fiscal. Cette promesse coûterait 1,6 milliards par an. Je donne maintenant l'analyse avec ce coût.
PQ
Nouvelles dépenses: 748
Annulations d'augmentations de tarifs: 197 (environ 1 797 avec le gel des tarifs d'électricité)
Réductions d'impôt: 1 005
Crédits d'impôt: 47
COÛT DES ENGAGEMENTS: 1 997 (environ 3 597 avec le gel des tarifs d'électricité)
Augmentations d'impôt (riches, gains en capital, dividendes): 1 005
Augmentations des redevances minières: 388
Perte en péréquation: -194
COÛT NET DES ENGAGEMENTS: 798 (environ 2 397 avec le gel des tarifs d'électricité)
Réductions de dépenses non-spécifiées*: 1 240 (en 2016-2017)
COÛT NET DE LA PLATEFORME: -442 (environ 1 158 avec le gel des tarifs d'électricité)
*Limitation de l'augmentation des dépenses des programmes existants à 2,4% par année, au lieu de 1,8% pour 2013-14, 3,0% pour 2014-15 et 3,4% par la suite
CAQ
Nouvelles dépenses: 1 836
Réductions d'impôt: 1 804
Crédits d'impôt: 23
COÛT DES ENGAGEMENTS: 3 663
Augmentations d'impôt (gains en capital, dividendes): 543
Réductions des crédits d'impôt des entreprises: 200
Réductions de dépenses spécifiées: 2 100
COÛT NET DES ENGAGEMENTS: 820
Réductions de dépenses non-spécifiées*: 551 (en 2016-2017)
COÛT NET DE LA PLATEFORME: 269
*Limitation de l'augmentation des dépenses des organismes autres que budgétaires à la croissance du PIB nominal
PLQ
Nouvelles dépenses: 713
Réductions d'impôt: 60
Crédits d'impôt: 301
COÛT DES ENGAGEMENTS: 1 074
COÛT NET DES ENGAGEMENTS: 1 074
Réductions de dépenses non-spécifiées*: 654 (en 2016-2017)
COÛT NET DE LA PLATEFORME: 420
*Limitation de l'augmentation des dépenses des programmes existants à 2% en 2014-15, au lieu de 3%
On peut tirer plusieurs enseignements de cet exercice:
1. La CAQ est la championne des nouvelles dépenses. Cependant, elle propose des réductions de dépenses encore plus élevées, contrairement au PQ et au PLQ, qui n'ont spécifié aucune économie. Donc, au total, les dépenses seraient les plus basses sous la CAQ.
2. La CAQ est le seul parti qui propose des réductions nettes significatives d'impôt: 1,26 milliards de dollars par année à terme. Le PQ finance entièrement l'abolition de la taxe santé avec l'augmentation de l'impôt sur les revenus élevés, les dividendes et les gains en capital. Le PLQ ne donne qu'une baisse d'impôt sur les ventes d'entreprises familiales. À noter que toutes les réductions proposées portent sur l'impôt des particuliers plutôt que sur l'impôt des sociétés.
3. Le PLQ propose, de loin, le plus de nouveaux crédits d'impôt et transferts aux particuliers (prime au travail, aide à la rentrée, travailleurs expérimentés, rénovation verte, etc.). Le PQ propose plutôt de geler les frais de scolarité et de garde.
4. Le coût total des engagements est le plus élevé chez la CAQ, suivie par le PQ et le PLQ. (Mais le PQ s'approche de la CAQ si on inclut le gel des tarifs d'Hydro.) Pour ce qui est du coût net, il est d'entre 0,8 et 1,1 milliards par année pour les trois partis - c'est donc très semblable SI on exclut le gel péquiste des tarifs d'Hydro. Si ce gel est inclus, cependant, le PQ a des engagements qui vont coûter beaucoup plus cher.
5. Tous les partis sont en voie d'atteindre l'équilibre budgétaire global (avant de contribuer au Fonds des générations) malgré leurs promesses. Le PLQ et la CAQ le feraient même sans les coupes cachées. Cependant, aucun des partis ne sera en mesure de réduire la dette autant que les contributions prévues au Fonds des générations, même avec les coupes cachées.
Le PQ promet d'abolir le Fonds des générations, qui force le gouvernement à rembourser la dette (si le budget est équilibré après avoir contribué au Fonds, c'est qu'il est en fait en surplus). Son cadre financier promet de continuer à rembourser la dette, mais cela se fait en grande partie avec les coupes non-spécifiées, qui sont le double de ce que proposent le PLQ et la CAQ. Sans le Fonds des générations, il serait facile politiquement pour le PQ de ralentir ou d'arrêter le remboursement de la dette, puisqu'il aurait quand même des budgets dits équilibrés. La tentation sera très grande, parce que, si on inclut le gel des tarifs d'électricité, le PQ a promis plus que les surplus prévus avant les contributions au Fonds. Pourtant, si on veut pouvoir faire des déficits dans 10-20 ans (et on en aura besoin si on veut préserver le système de santé), il faut réduire la dette maintenant parce que le Québec a peu de marge de manoeuvre!
Par contre, le PLQ et la CAQ promettent de contribuer plus que prévu au Fonds des générations. Comment est-ce possible, considérant que seulement pour atteindre les contributions prévues, il faut un resserrement budgétaire annuel de 875 millions à partir de 2014-2015, alors que leurs cadres financiers proposent l'inverse? Le PLQ prétend pouvoir le faire en confondant l'augmentation annuelle de ses dépenses avec l'augmentation de ses dépenses annuelles - c'est soit de l'incompétence, soit de la malhonnêteté. La CAQ, pour sa part, estime que les prévisions du budget 2012-2013 sont trop pessimistes, et qu'il y aura donc plus d'argent que prévu - autrement dit, de la "pensée magique".
Alors voilà. J'espère que cette analyse vous aidera à faire un choix éclairé. À noter que j'ai accepté tels quels les chiffres des partis politiques. Si j'ai le temps, j'écrirai un autre billet (plus subjectif) sur la crédibilité de ces chiffres.
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